Octobre est le mois européen de la cybersécurité, et avec lui revient une saison de chiffres. Certains sont solides. D'autres circulent depuis si longtemps que plus personne ne vérifie d'où ils viennent — et ce sont souvent ceux-là qu'on vous cite pour vous vendre quelque chose.
Commençons par faire le tri.
Le chiffre qui tient : 48 %
Dans son panorama de la cybermenace, l'ANSSI établit que les TPE, PME et ETI représentent 48 % des victimes de rançongiciels qu'elle a traitées, contre 37 % l'année précédente. En un an, la part des petites structures parmi les victimes a donc progressé de onze points.
C'est le chiffre qui compte, et il dit une chose simple : la question n'est plus de savoir si les attaquants s'intéressent aux petites entreprises. Ils s'y intéressent précisément parce que les grandes se sont équipées.
Le chiffre qui ne tient pas : 74 %
Vous l'avez forcément vu passer — « 74 % des PME françaises ont été attaquées » — généralement attribué à l'ANSSI.
Il n'est pas de l'ANSSI. Il vient d'un baromètre mené par Docaposte et Cyblex Consulting auprès de 518 décideurs. Un sondage déclaratif sur cinq cents répondants n'est pas une mesure de l'agence nationale, et le présenter comme telle fausse la discussion.
Nous le signalons parce que c'est notre métier de vous dire quand un argument qu'on vous oppose est faible, y compris quand il va dans notre sens commercial. Un dirigeant à qui l'on a vendu une peur finit par ne plus croire personne, et c'est la pire situation possible.
Le chiffre le plus intéressant : 65 %
Selon le baromètre France Num, 39 % des TPE et PME interrogées ont subi au moins un incident de cybersécurité sur douze mois. Et parmi elles, 65 % l'ont résolu en interne.
Ce dernier nombre mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il se lit dans les deux sens. Dans un sens, c'est rassurant : la majorité des incidents sont bénins et se règlent sans aide. Dans l'autre, il est inquiétant : « résolu en interne » veut souvent dire « on a remis la machine en route », pas « on a compris ce qui s'est passé et on a fermé la porte ». Un rançongiciel entre rarement le jour même où il se déclenche.
Ce qu'on vous conseille de faire ce mois-ci
Pas d'audit, pas de refonte. Trois vérifications, qui prennent une matinée.
Restaurez une sauvegarde. Pas « vérifiez qu'elle tourne » — restaurez-la pour de bon, sur un poste de test, et ouvrez un fichier. C'est le seul test qui prouve quelque chose, et c'est celui que presque personne ne fait. Une sauvegarde dont on découvre le jour J qu'elle est vide est le scénario le plus fréquent de nos interventions. Nous détaillons la méthode dans notre article sur la règle du 3-2-1.
Listez qui a encore des accès. Les anciens salariés, le stagiaire de l'été dernier, le prestataire qui est intervenu une fois. Un accès qu'on a oublié de révoquer est la porte d'entrée la plus discrète qui soit.
Activez la double authentification sur la messagerie. D'abord sur celle du dirigeant et sur celle de la comptabilité. C'est quinze minutes, c'est gratuit, et ça bloque l'essentiel des fraudes au virement — qui commencent presque toujours par une boîte mail lue par quelqu'un d'autre. Nous expliquons comment elles se déroulent dans notre article sur le hameçonnage.
Si vous voulez qu'on les fasse avec vous, écrivez-nous. Et si vous préférez les faire seul, faites-les quand même : ces trois-là valent mieux que n'importe quel outil acheté dans l'urgence.
Chiffres relevés au 13 octobre 2026. Le panorama de l'ANSSI et le baromètre France Num sont publics ; la source du « 74 % » ne l'est qu'en partie.